Accueil / Tout / La Nintendo PlayStation, l’histoire de la trahison qui a créé l’empire Sony

La Nintendo PlayStation, l’histoire de la trahison qui a créé l’empire Sony

Nintendo Playstation


Imaginez un monde parallèle. Un monde où Mario et Kratos partagent la même affiche. Un monde où The Last of Us est une exclusivité Nintendo, et où Zelda tourne en 8K sur une console noire laquée estampillée Sony. Ce monde a failli exister. Il s’en est fallu d’un contrat mal lu, d’une paranoïa d’entreprise et d’une conférence de presse fatale à Chicago pour que tout bascule.

Dans les musées du jeu vidéo ou lors des ventes aux enchères de prestige, un objet attire tous les regards. C’est une console grise, jaunie par le temps. Elle a la forme d’une Super Nintendo, les ports manettes d’une Super Nintendo, la cartouche d’une Super Nintendo… mais sur la façade, il est écrit « SONY ». Et en dessous, un lecteur CD-ROM.

Cet objet est la Nintendo PlayStation. Ce n’est pas un montage Photoshop, ni un mod d’amateur. C’est le Saint Graal du retrogaming, la preuve physique d’une collaboration qui devait changer le monde, et qui a fini par déclencher la plus grande guerre industrielle du divertissement. Comment les deux géants japonais, Nintendo et Sony, ont-ils pu travailler ensemble pour finalement devenir des ennemis mortels ? Récit d’une humiliation qui a donné naissance à un empire.

L’Ingénieur Rebelle et la Puce Sonore

Nintendo Playstation


Tout commence à la fin des années 80. À l’époque, Nintendo est le roi incontesté. La NES (Famicom) est dans tous les foyers. Sony, de son côté, est un géant de l’électronique grand public (Walkman, TV Trinitron) qui regarde le jeu vidéo avec mépris, considérant cela comme un jouet pour enfants indigne de son rang.

Sauf un homme : Ken Kutaragi. Ce jeune ingénieur visionnaire chez Sony est fasciné par la Famicom de sa fille. Il est persuadé que le futur de la technologie passe par le jeu. En secret, sans en parler à ses supérieurs qui détestent Nintendo, il travaille sur une puce sonore révolutionnaire, le SPC700.

Lorsque Nintendo cherche un processeur audio pour sa future Super Nintendo (SNES), Kutaragi leur présente son travail. Nintendo est bluffé. La puce permet un son quasi-CD, loin des bips 8-bits de l’époque. Le contrat est signé. Kutaragi est presque viré par Sony pour avoir travaillé « avec l’ennemi », mais le PDG Norio Ohga, impressionné par la technologie, le sauve. C’est le premier pas de la Nintendo PlayStation.

Le « Super Disc » : L’accord du siècle

Nintendo Playstation


Rassurés par le succès de la puce sonore, les deux géants décident d’aller plus loin. En 1988, le CD-ROM commence à faire parler de lui. NEC a sa PC Engine CD, Sega prépare son Mega-CD. Nintendo, toujours prudent mais inquiet de se faire dépasser, veut son propre lecteur de disque pour la SNES.

Un accord historique est signé. Sony développera deux machines :

  1. Un add-on (périphérique) CD-ROM qui se branchera sous la Super Nintendo.
  2. Une console hybride tout-en-un, capable de lire les cartouches SNES et les nouveaux CD « Super Disc ». Son nom de code : la « Play Station » (avec un espace).

C’est la naissance officielle du projet Nintendo PlayStation. Kutaragi et son équipe travaillent d’arrache-pied. Des centaines de prototypes sont fabriqués. Les kits de développement sont envoyés aux éditeurs. Tout semble prêt pour une révolution. Sony apportera la technologie CD et l’électronique, Nintendo apportera Mario, Zelda et son savoir-faire ludique. C’était l’alliance ultime.

La Paranoïa de Yamauchi : Le ver dans la pomme

Nintendo Playstation


Mais chez Nintendo, à Kyoto, l’ambiance n’est pas à la fête. Le président Hiroshi Yamauchi, un homme d’affaires redoutable et impitoyable, relit le contrat signé avec Sony. Et il n’aime pas ce qu’il voit.

Le contrat stipule que Sony garde le contrôle total sur le format « Super Disc ». Cela signifie que Sony toucherait les royalties sur tous les jeux CD, tandis que Nintendo ne toucherait que les royalties sur les cartouches. Pour Yamauchi, c’est inacceptable. Il a construit son empire sur le contrôle absolu des licences (le fameux « Seal of Quality »). Laisser Sony devenir le « gatekeeper » (gardien) du format CD, c’est leur donner les clés du royaume.

De plus, Yamauchi se méfie de Kutaragi. Il voit bien que Sony n’est pas un simple sous-traitant docile. Sony a des ambitions. Si la Nintendo PlayStation réussit, Sony pourrait un jour se débarrasser de Nintendo et dominer le marché. Yamauchi décide alors de commettre l’irréparable. Il va poignarder son partenaire dans le dos, sur la scène internationale.

CES 1991 : Le jour de l’infamie

Nintendo Playstation


Nous sommes en juin 1991, au CES (Consumer Electronics Show) de Chicago. C’est le plus grand salon technologique du monde. Le premier jour, Sony tient sa conférence de presse. Avec fierté, ils annoncent au monde entier la Nintendo PlayStation. Ils dévoilent la machine, expliquent la compatibilité avec la Super Nintendo. C’est un triomphe. Kutaragi exulte.

Le lendemain, à 9h00 du matin, c’est au tour de Nintendo de tenir sa conférence. Tout le monde s’attend à ce qu’ils confirment le partenariat et annoncent les premiers jeux. Mais Howard Lincoln, le président de Nintendo of America, monte sur scène et lâche une bombe atomique : « Nintendo a le plaisir d’annoncer un partenariat avec la société néerlandaise Philips pour le développement d’un lecteur CD pour la Super Nintendo. »

Silence de mort dans la salle. Sony n’a même pas été prévenu. Kutaragi et Ohga l’apprennent en même temps que les journalistes. C’est une humiliation publique sans précédent. Nintendo vient de dire au monde entier : « Nous lâchons Sony pour Philips ».

Pourquoi Philips ? Parce que Philips, contrairement à Sony, ne fait pas peur à Nintendo. C’est un géant de l’électroménager, pas un concurrent direct dans le divertissement. Nintendo a négocié un contrat bien plus avantageux où ils gardent le contrôle total des licences.

La Colère de Norio Ohga et la naissance du monstre

Nintendo Playstation


La réaction chez Sony est volcanique. Norio Ohga est furieux. L’honneur de l’entreprise est bafoué. Dans un premier temps, Sony tente de négocier, de poursuivre Nintendo en justice, mais le mal est fait. Le projet Nintendo PlayStation est mort et enterré.

Le conseil d’administration de Sony veut tout arrêter. « Le jeu vidéo est une perte de temps, retournons faire des Walkmans ». Mais Ken Kutaragi ne lâche pas. Il va voir Ohga et lui tient un discours qui changera l’histoire : « Si nous abandonnons maintenant, nous serons la risée de l’industrie à jamais. Nous avons la technologie. Nous avons les ingénieurs. Faisons-le nous-mêmes. Créons notre propre console pour détruire Nintendo. »

Ohga, motivé par la vengeance autant que par le business, tape du poing sur la table et prononce sa célèbre phrase : « Do it! » (Faites-le !). Les équipes de la Nintendo PlayStation sont réaffectées au projet « PS-X ». La console hybride SNES-CD est abandonnée. La technologie 2D est jetée à la poubelle. Kutaragi décide de tout miser sur une nouvelle technologie : la 3D temps réel.

En décembre 1994, la Sony PlayStation (sans espace) sort au Japon. Elle écrase la Sega Saturn. Deux ans plus tard, elle écrase la Nintendo 64. Nintendo a créé son propre bourreau.

L’Héritage Maudit : Le CD-i de Philips

Nintendo Playstation


Et Nintendo dans tout ça ? Le partenariat avec Philips a-t-il porté ses fruits ? C’est la double peine. Le lecteur CD pour la Super Nintendo ne sortira jamais. Le projet est annulé face à l’échec du Mega-CD de Sega. Mais le contrat avec Philips avait une clause terrible : en échange de leur aide, Nintendo devait prêter ses licences (Mario et Zelda) à Philips pour leur propre console, le CD-i.

Le résultat ? Trois des pires jeux de l’histoire de l’humanité : Link: The Faces of Evil, Zelda: The Wand of Gamelon et Hotel Mario. Ces jeux, développés avec un budget ridicule et sans le contrôle qualité de Nintendo, sont devenus la risée d’Internet (les fameuses vidéos « YouTube Poop »). C’est tout ce qui reste de la trahison de 1991 : une console Sony dominante et des mèmes Zelda humiliants pour Nintendo.

La Redécouverte du Prototype : Une légende devient réalité

Nintendo Playstation


Pendant 25 ans, la Nintendo PlayStation a été considérée comme un mythe. On savait qu’environ 200 prototypes avaient été fabriqués, mais on pensait qu’ils avaient tous été détruits par Sony ou Nintendo après la rupture.

Jusqu’en 2015. Terry Diebold, un ancien employé de maintenance d’une société bancaire (Advanta) dont le PDG Olaf Olafsson était un ancien de Sony, achète des cartons d’objets abandonnés lors d’une faillite pour 75 dollars. Dans un carton, au milieu de vieilles assiettes et de câbles, son fils Dan trouve une étrange console grise avec le mot « PlayStation ».

Ils postent une photo sur Reddit. Internet explose. « C’est un fake ! », crient les sceptiques. Mais non. C’est le seul prototype connu de la Nintendo PlayStation ayant survécu. Il possède le port cartouche SNES et le lecteur CD.

La console a fait le tour du monde des conventions (y compris des salons de retrogaming en France). Elle a été expertisée, ouverte et même réparée par le célèbre bricoleur Ben Heck, qui a réussi à faire fonctionner le lecteur CD et à lancer des jeux « Homebrew » créés spécifiquement pour l’architecture théorique de la machine.

En mars 2020, l’histoire se conclut par un coup de marteau. La console est mise aux enchères chez Heritage Auctions. Elle est vendue pour 360 000 dollars (environ 330 000 euros à l’époque) à Greg McLemore, un collectionneur qui souhaite ouvrir un musée. C’est, à ce jour, l’objet vidéoludique le plus cher de l’histoire (hors jeux scellés sous gradation WATA).

https://fr.futuroprossimo.it/2025/06/playstation-storia-di-un-trionfo-nato-per-vendetta

https://www.son-video.com/guide/playstation-lhistoire-dune-console-de-jeu-cultissime?srsltid=AfmBOorzCQsjGPDkHt0CJnPbhzEu1zi4x7rYRmvcbH87iaDlioQqFp_p

https://www.bfmtv.com/tech/culture-web/le-seul-exemplaire-de-nintendo-play-station-s-est-vendu-a-360-000-dollars_AN-202003090051.html

Conclusion : L’Ironie de l’Histoire

Nintendo Playstation


En 2026, alors que nous jouons sur PS6 ou sur la Switch 2, cette histoire résonne encore. La Nintendo PlayStation est la preuve que le destin tient à peu de choses. Si Nintendo n’avait pas été paranoïaque, la PlayStation aurait été un simple périphérique Nintendo. Sony ne serait jamais entré sur le marché des consoles. Microsoft (Xbox) ne serait probablement jamais venu non plus pour contrer Sony. Sega serait peut-être encore constructeur.

Cet objet hybride, avec sa manette SNES estampillée Sony, est une chimère, un monstre de Frankenstein technologique qui nous rappelle que dans le business, la loyauté n’existe pas, et que parfois, en voulant écraser un partenaire trop ambitieux, on finit par créer l’empereur qui nous détrônera.

La prochaine fois que vous allumez votre console Sony, ayez une petite pensée pour Hiroshi Yamauchi. Sans sa trahison spectaculaire de juin 1991, vous seriez peut-être en train de jouer à God of War avec une manette Nintendo. Incroyable, n’est-ce pas ?

Article suivant…

Étiquetté :

Un commentaire

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *